
J'ai embarqué un ami et collègue de travail — Ben — pour accompagner des personnes âgées suivies par les petits frères des pauvres à Marseille la nuit de Noël.
Lui a réveillonné avec une dame de 85 ans tandis que je me rendais chez un « jeune » de 60 piges, Alain.
Sa table était dressée pour trois (j'étais sensé venir avec une collègue réunionnaise qui s'est désistée), les luminaires habilement répartis dans une ambiance tamisée, le sourire chaleureux, la coupe Mike Brandt bien entretenue depuis plus de trente ans et le regard « à la Bernard Tapie » — dixit Alain himself mais c'est vrai ! — prêt à allumer la première plaisanterie…
Les photos des parents absents (décès, ruptures ou indifférences familiales) disposées en ostensoirs dans le séjour semblent observer notre fraternité alternative. Elle est un pied-de-nez aux circonstances de la vie qui ont amené les bénéficiaires à entrer en relation avec les petits frères des pauvres et les bénévoles à se trouver là en une nuit où l'on devrait plutôt s'occuper à s'envoyer des cuisses de dinde par-dessus la table familiale. Alors certes Alain m'a fait déboucher un peu plus de bouteilles que prévu pour entendre sa voix de ténor transpercer les parois de son impeccable meublé. Sa timidité l'empêche de chanter en public et vous ne l'entendrez pas puisque je n'ai rien enregistré, c'était donc un récital pour moi seul. La qualité d'accueil des bénéficiaires des petits frères des pauvres est remarquable si l'on recoupe le témoignage de Ben et le mien. Qui parmis ceux qui lisent ce billet inviterait un inconnu le soir de Noël, même s'il venait avec le sac à dos rouge des petits frères des pauvres ? Ce n'est pas le colis alimentaire et le cadeau que l'on apporte qui vont forcer le sourire mais bien la bonne volonté de ses personnes qui, ayant perdu beaucoup, ont appris à saisir ces trop courtes rencontres intergénérationnelles. Ces instants sont perçus comme les métopes d'une frise racontant la fidélité renouvelée des petits frères et la qualité de leur soutien à long terme.
Je ne pouvais pas retourner au repas commun du lendemain à Marseille, et Alain m'a fait promettre de me rattraper pour la fête du 21 juin. Avec plaisir.
Un grand salut à Ben car il a accepté de partager le réveillon d'une vielle personne isolée avec le même enthousiasme que lorsqu'on file à un concert de Tiken Jah Fakoly, un film italien ou une sortie kayak. Pour le réveillon du 24 ou le repas du 25 décembre 2009, je vous embarque avec moi ?



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