À Sylve Isis

Ma saganecdote se passe en 2003 à la Réunion :

J'avais les cheveux long et la queue de cheval finissant en étoupe, la chemise auréolée de sueur sous les premières grosses chaleurs de l'été tropical, le pantalon ample aux franges de la friperie. L'air de rien donc, j'avais déposé mon CV dans la boutique commerciale d'une agence de publicité par l'objet. Quelques jours plus tard le boss me donnait rendez-vous au siège dans le Sud de l'île un Samedi à 10h pour éviter les encombrements de la semaine.

Sa mine bonhomme sort du 4x4 décoré d'adhésifs mêlant Safari-Club et calligraphies orientales. Je l'accompagne pour sa tournée de l'atelier de poignées de main en tapes sur l'épaule. J'y découvre la découpe des adhésifs, le tirage des transferts pour les textiles, le secrétariat et le stock destiné à l'atelier mauricien.

L'entretien court brièvement sur le profil de poste et laisse place à une démonstration de bonne gouvernance par la semi-délocalisation :

Écoute mon p'tit, je vois que t'as des engagements associatifs humanistes, me dit-il d'un œil fixe, l'autre rebondissant sur la rubrique « divers » de mon CV. Tu sais moi, les tiers-mondistes, je veux leur expliquer comment je sauve des emplois ici en France. Quoi qu'il faudrait que je l'explique aussi aux élus locaux. On me reproche quoi ? De faire le gros de ma production à Maurice ? Mais les zozos si je peux assurer les salaires de mes secrétaires, graphistes et commerciaux c'est bien parce que j'économise au tiers-monde !
On veut m'en empêcher ? OK mais on ferme tout ici et je fais tout là-bas !

La démonstration se poursuit sur fond de géopolitique Safari Club. D'arabesques en moulinets, l'entretien rebondit enfin sur mon cas personnel :

— Alors t'es RMIste, non ? ben tu gardes ton statut en bossant ici. La compta te paie du Lundi au Mercredi mais l'activité couvre la semaine. Là, tu vois deux ou trois bidouilles le Samedi mais c'est rare. Tu commences Lundi ?

Je me lève, salue poliment sans toutefois répondre à la question, jette un dernier regard vers le graphiste à la découpe en fond d'atelier et ressors étonné de trouver les tables des restaurants déjà occupées. Deux heures d'entretien quand même !

L'arnaque